L’éradication des punaises de lit est un défi : focus sur la résistance aux insecticides
La prolifération actuelle des punaises de lit, que l’on constate quotidiennement sur le terrain à Marseille comme sur le reste du territoire, n’est pas liée à un manque d’hygiène. Cette recrudescence s’explique par plusieurs facteurs, notamment l’augmentation des déplacements et la résistance croissante de certaines populations aux insecticides. Les punaises de lit ont développé différents mécanismes biologiques leur permettant de réduire l’efficacité de certains traitements chimiques.
Les preuves scientifiques de la résistance aux insecticides
- Le constat de l’ANSES (juillet 2023) : l’Agence nationale de sécurité sanitaire souligne l’importance de la résistance croissante des punaises de lit aux insecticides et recommande de privilégier les méthodes de lutte non chimiques, notamment les traitements par la chaleur sèche ou la congélation.
- L’étude de l’université Rutgers (février 2023, revue Insects) : l’étude a analysé 13 populations de terrain confrontées notamment à la deltaméthrine. Sept de ces populations présentaient un niveau de résistance très élevé à cette substance, avec des rapports de résistance supérieurs à 160 pour le temps nécessaire à l’effet knockdown.
- L’étude publiée dans le Journal of Medical Entomology en 2025 : des chercheurs ont identifié pour la première fois chez des populations de punaises de lit nord-américaines une mutation A302S du gène Rdl, connue pour être associée à une résistance à certains insecticides agissant sur les récepteurs GABA. La mutation a été retrouvée dans deux populations parmi les 134 populations examinées.
Chiffre clé
Dans l’étude Rutgers, sept des 13 populations étudiées présentaient un rapport de résistance supérieur à 160 pour la deltaméthrine, sur le critère de temps nécessaire pour provoquer l’effet knockdown. Il ne s’agit donc pas d’une dose de traitement à multiplier par 160, mais d’un indicateur de niveau de résistance mesuré expérimentalement.
Les 3 mécanismes biologiques de résistance
La résistance aux insecticides n’est pas une « habitude » au produit, mais résulte de modifications physiologiques et génétiques qui peuvent agir à plusieurs niveaux :
1. La résistance cuticulaire (l’armure renforcée)
Le mécanisme : la cuticule, qui constitue l’enveloppe externe de l’insecte, peut présenter des modifications de son épaisseur et de sa composition lipidique.
L’effet : ces modifications peuvent ralentir la pénétration de certains insecticides dans l’organisme et contribuer ainsi à la résistance.
2. La résistance métabolique (l’antidote interne)
Le mécanisme : l’organisme peut produire davantage de certaines enzymes de détoxification, notamment des estérases et des cytochromes P450.
L’effet : ces enzymes peuvent transformer ou dégrader certaines molécules insecticides avant qu’elles n’atteignent suffisamment leur site d’action, réduisant ainsi leur efficacité.
3. La résistance de cible (les mutations génétiques kdr et Rdl)
Le mécanisme : certaines mutations modifient les protéines qui constituent la cible de l’insecticide au niveau du système nerveux. Deux mécanismes sont notamment documentés chez les punaises de lit :
- Les mutations kdr (knockdown resistance) : elles affectent les canaux sodiques voltage-dépendants, qui constituent notamment une cible des pyréthrinoïdes.
- Les mutations Rdl : elles affectent les récepteurs GABA et peuvent conférer une résistance à certains insecticides agissant sur cette cible. Une mutation A302S du gène Rdl a notamment été identifiée chez certaines populations de punaises de lit en Amérique du Nord.
L’effet : la modification de la cible peut réduire la capacité de l’insecticide à exercer son action sur le système nerveux. Le niveau de protection obtenu dépend toutefois de la mutation et de la substance concernée.
L’approche du traitement mécanique
Une mutation qui réduit l’efficacité d’une molécule insecticide ne confère pas pour autant une résistance aux méthodes de lutte reposant sur des mécanismes physiques.
- Le choc thermique (vapeur sèche à 180 °C) : la chaleur produite par un matériel spécifique, comme le Polti Cimex Eradicator, agit sur les protéines et les structures cellulaires de l’insecte. Lorsqu’une température suffisamment élevée est effectivement atteinte pendant une durée suffisante, elle peut provoquer une mortalité rapide des adultes, des nymphes et des œufs. Ce mécanisme d’action est indépendant des mutations génétiques responsables de la résistance aux insecticides.
- L’action des poudres minérales (terre de diatomée et silice amorphe) : certaines poudres minérales peuvent perturber la couche lipidique de la cuticule et favoriser une perte d’eau importante. L’insecte finit alors par mourir de déshydratation. Ce mécanisme d’action est différent de celui des insecticides neurotoxiques et n’est donc pas neutralisé par les mécanismes enzymatiques ou les mutations de cible responsables de la résistance aux insecticides. Des travaux expérimentaux ont notamment montré une forte efficacité de la silice amorphe contre plusieurs populations résistantes.
Une punaise peut développer une résistance à une molécule insecticide. Elle ne peut pas développer une résistance génétique à la chaleur de la même manière. Face aux populations résistantes, les méthodes physiques permettent donc de s’affranchir du problème de résistance aux insecticides.
À lire aussi
Vous pensez avoir des punaises de lit ?
Un devis clair et sans engagement, sous 24 heures.